Vie locale

Guermantes ► L’enquête « Estelle Mouzin » : un « fatras phénoménal »

Estelle Mouzin, 9 ans, a disparu le 9 janvier 2003. Le dossier serait un « fatras phénoménal », mal ficelé dès le départ selon l’avocat de l’association Estelle-Mouzin. Son père, Éric, effectue, chaque année à la même date, à Guermantes, une marche blanche en sa mémoire. Samedi 7 janvier, malgré un thermomètre qui affichait zéro degré, ils étaient une soixantaine à défiler.

L’assemblée générale à l’espace Marcel-Proust a précédé la marche blanche, samedi, et a apporté une note d’espoir, même si l’enquête sur la disparition de la petite fille piétine. Depuis 2003, le dossier est passé de magistrat en magistrat, au fil des nominations et des départs, avec l’impression que chacun se repasse l’enquête sans vraiment chercher à y mettre de l’ordre.

Trente-huit personnes ont assisté à la réunion prévue pour faire un point sur le dossier. « Que pouvons-nous vous dire aujourd’hui de plus que l’an dernier ? Rien, si ce n’est qu’il a fallu dix ans à Éric Mouzin pour obtenir que la justice constate la présomption d’absence d’Estelle. Son absence officielle ne pourra être seulement déclarée qu’en 2023 » regrette Sophie Renon, présidente de l’association Estelle-Mouzin.

Didier Seban, avocat de l’association dont le cabinet est spécialisé dans les disparitions d’enfants, constate : « Des dossiers similaires ont été résolus récemment. Il y a parfois des conjonctions favorables qui démontrent que, même vingt après, il est toujours possible de résoudre des affaires si des bonnes volontés s’y consacrent ». Il réclame plus de transparence sur les enquêtes judiciaires. « C’est le seul dossier criminel de cette importance où il n’y a aucun procès verbal de synthèse. C’est un fatras phénoménal, rien n’est classé ».

« Même si l’on ne doit rien exclure, il y a des témoignages fantaisistes, comme celui d’un homme ‘au bar de Guermantes’. Problème : il n’y a a pas de bar à Guermantes. En revanche, d’autres mériteraient d’être réexaminés et certaines pistes n’ont pas été suffisamment investiguées. Seul un procès-verbal de synthèse permettrait à un œil neuf d’y voir plus clair » renchérit Éric Mouzin.

405 disparitions inquiétantes par an

L’affaire représente 36 990 pièces de procédure. Elle a connu six  juges, quatre directeurs de la DRPJ de Versailles, sept gardes des Sceaux, deux secrétaires d’État chargés des victimes : Nicole Guedj (durant 13 mois) et Juliette Meadal (durant 17 mois). Elle a aussi nécessité deux appels de procédure, un appel au civil et une demande de délocalisation du dossier. Toujours selon Éric Mouzin, il faut compter un délai de neuf mois entre deux réunions avec un juge d’instruction.

Créée en mars 2003, l’association Estelle-Mouzin comptait 170 adhérents en 2016 (128 en 2015). « On se bat pour Estelle, bien sûr, mais aussi pour tous les enfants qui disparaissent chaque année en France. Selon les chiffres du CFPE (Centre français de protection de l’enfance), il y a eu 48 895 disparitions en 2015, dont 405 disparitions de mineurs considérées comme inquiétantes » souligne Sophie Renon, sa présidente. La création d’un groupe de juges spécialisés et le suivi du dossier par un juge unique figurent parmi les propositions avancées par l’association pour traiter plus efficacement les cas de disparition.

Là où vivait Estelle

Samedi, ils se sont regroupés devant la boulangerie, place du Temps-perdu, où Estelle a été aperçue pour la dernière fois. Toujours fidèles au rendez-vous, Antoine et Francine sont là. Ils ont tous deux 58 ans et sont venus de Coubert. Antoine tenait un bouquet de fleurs, toutes de couleur blanche : chrysanthèmes de Tokyo, lys et roses. «  Nous sommes adhérents de l’association depuis le début et n’avons jamais manqué une seule marche. Nous avons un fils de 36 ans et une petite-fille qui aura 9 ans l’année prochaine, le même âge d’Estelle quand elle a disparu » a confié Francine.

Le petit cortège a cheminé en silence jusque devant le cerisier du Japon planté en 2004 au cœur du lotissement où résidait la fillette. Il s’y est recueilli sur la diffusion de la chanson écrite en 2003 par Charlélie Couture pour Estelle.

Journée de mobilisation le 25 mai

« Nous allons proposer une action de sensibilisation jeudi 25 mai, jour de l’Ascension, afin d’exprimer le ras-le-bol de l’association devant l’absence de progression du dossier au cours de toutes ces années » a annoncé le père d’Estelle.

Facebook : association Estelle-Mouzin  – Site officiel : www.association-estelle.org

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Guillaume Prévost (à gauche) et Sébastien Brosset (à droite)
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