Politique et société

Mauvaise connexion ► L’avancée de la fibre et les services mobiles traînent la patte

Et si la fibre nous était contée ? Le sujet a en tout cas donné lieu à quelques explications de la part du président Macron, lundi 17 juillet, lors de la conférence nationale des territoires au Sénat. Et vous, votre connexion, c’est au point ?

La fibre, oui, mais pas pour tout le monde et certainement pour « tous les logements de la république » a indiqué Emmanuel Macron après avoir appelé à « envisager les complémentarités technologiques » entre la fibre optique, le mobile et en particulier l’internet mobile ou le satellite. Et là on se dit que ça va être un joli chantier, déjà que l’état du réseau français est loin d’être en accord avec les usagers.

C’est-à-dire que la couverture répond difficilement à la demande et par endroit, on a bien l’impression que plus la fameuse fibre se rapproche, pires sont les conditions d’usage d’Internet ou même de la téléphonie mobile dans les zones rurales ou les villes « de moindre importance ».

Les usagers patientent… On les fait patienter… sans trop d’égards.

Non mais allo, quoi…

A Varreddes, par exemple, à côté de Meaux, les abonnés d’Orange ne peuvent plus téléphoner avec leur portable sans que la communication coupe au bout de quelques courtes secondes. Le temps de dire « J’arrive » et zou, la ligne est interrompue. Jeanne, 66 ans, en a vraiment assez, d’autant qu’en raison de sa santé fragile, elle doit pouvoir appeler de son portable au moindre souci et où qu’elle se trouve. De guerre lasse, elle a appelé son opérateur – de son téléphone fixe – qui lui a garanti une intervention « dès vendredi »… C’était il y a trois semaines. C’est pareil à l’autre bout du village où Jérôme, également client Orange, se plaint des mêmes coupures.

A Boutigny, près de Nanteuil-lès-Meaux, la connexion internet bat de l’aile depuis que les engins sont passés poser sous les trottoirs les gaines destinées à la fibre.

Pierre constate avec amertume : « Déjà c’était pas terrible avant, mais là c’est le pompon. Souvent, le débit est d’une lenteur à faire peur et régulièrement, la connexion s’arrête. Il paraît que c’est le même topo à la mairie. On nous a dit qu’on devait avoir la fibre au deuxième semestre 2017 mais j’ai appelé mon opérateur, Orange, et il n’y a rien de prévu à l’horizon en ce qui le concerne. Donc, on est en stand-by et c’est vraiment irritant d’autant qu’on paye le même prix ».

Bim bam boum, le président repasse

derrière son Premier ministre

Pourtant, les fervents d’Emmanuel Macron comptaient bien sur la volonté qu’il affichait de vouloir faire avancer la France en matière de numérique. Lundi encore, il a bien confirmé qu’il souhaitait accélérer le déploiement du très haut débit, avec cependant quelques changements par rapport à ses précédentes annonces et surtout à celle du Premier ministre, quelques jours plus tôt. Ce dernier avait, le 7 juillet, lors de sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée, repris l’objectif de départ, promettant de garantir l’accès au très haut débit partout en France « au plus tard d’ici à 2022 », en dépit de retards de déploiement. Cela représentait une gageure pour les opérateurs, qui se sont manifestés pour réclamer des contreparties fiscales.

Ainsi le président souhaite-t-il désormais que la couverture de la population soit avancée à la fin 2020, « non plus 2022 ». Il parle surtout d’accès « haut débit et très haut débit ». Des lignes inférieures à 30 mégabits par seconde pourraient venir en soutien de la couverture en très haut débit dans certaines zones. Le président de la République a ainsi appelé à « envisager des complémentarités technologiques » entre la fibre optique, le mobile et en particulier l’Internet mobile ou le satellite, jugeant « impossible de tenir la promesse de tirer de la fibre dans tous les logements de la République ». « Cette promesse est intenable technologiquement et financièrement », a-t-il insisté.

C’est que le chantier qui laissait envisager une couverture de 100 % en 2022 tel qu’envisagé jusqu’alors, en particulier dans les villes de tailles moyennes et dans les zones rurales, nécessiterait 15 à 16 milliards d’euros d’investissement, soit environ 5 milliards d’euros par an durant d’ici à la fin 2020.

Emmanuel Macron a encore précisé : « L’Etat affectera une part du grand plan d’investissement à cette priorité pour, là où c’est nécessaire, là où des carences sont constatées, se substituer aux opérateurs défaillants… tout en prenant « des mesures nouvelles d’incitation et de contrainte à l’égard des opérateurs de téléphonie ».

C’est donc le contribuable qui va payer.

SFR, de son côté, a proposé de dépenser seul une quinzaine de milliards d’euros dans la fibre, sans l’aide d’argent public. C’est ce que le directeur général, Michel Paulin, a écrit dans une lettre adressée au Premier ministre Edouard Philippe.

Avec cette annonce, SFR veut faire totalement exploser le plan France très haut débit mis en place entre 2004 et 2013 pour le déploiement de la fibre optique. Le problème, selon la lettre, est que le plan France « ne permettra pas de couvrir l’intégralité de la population en 2022, comme le souhaite le gouvernement, mais en 2030 ». Deuxième souci, et toujours selon le directeur de SFR, il ne coûtera pas 20 milliards comme initialement prévu mais 35 milliards dont 10 milliards à la charge de l’Etat sous forme de subventions.

A quel saint peut-on se vouer ? Quel que soit le bout par lequel on prend le problème, on en revient toujours au porte-monnaie… des habitants.

En espérant que vous avez pu lire l’article sans interruption de connexion.

Le plan France très haut débit

Le plan France très haut débit prévoit trois zones. L’une dite « très dense » couvre les grandes villes soit environ six millions de logements. La compétition entre tous les opérateurs y est ouverte et libre. La deuxième dite « Zone AMII » couvre les agglomérations de taille moyenne, soit environ 12 millions de foyers. Orange et SFR s’y sont réparti la tâche : Orange couvrira 85 % des foyers et SFR le reste. Enfin, la troisième zone, dite « RIP » couvre les zones rurales qui comptent quinze millions de foyers. Là, les collectivités locales délèguent la construction d’un réseau unique à un opérateur moyennant subventions. Charge ensuite à l’opérateur d’ouvrir le réseau à tous ses concurrents pour qu’ils y fassent des offres de services aux clients.

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Hélène Rousseaux

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