Vie locale

Thorigny-sur-Marne ► Le maréchal-ferrant tartare, roi de la selle

L’atelier de sellerie de Tahir Sharif, installé dans une grange qu’il a rénovée à Thorigny-sur-Marne, unit la tradition tartare du maréchal-ferrant et le savoir-faire « à l’occidentale » du sellier.

Tahir a grandi dans les montagnes de l’Altaï en Mongolie. Le sellier-harnacheur a commencé l’artisanat en ferrant les chevaux et en apprenant de son grand-père toutes les techniques ancestrales des Tartares, les nomades descendant de Genghis Khan. Les chevaux et les étendues sauvages étaient alors le quotidien de Tahir.

De la Sibérie à Thorigny

Sa rencontre avec Fabienne, une sinologue habitante de Thorigny, sur une plage de l’île d’Hainan en Chine méridionale vient, tel un coup de foudre, bouleverser sa vie. La jeune femme réussit à « fendre l’armure du chevalier » et à déceler derrière son regard vert insondable un « vrai cœur d’or » comme elle dit. La prof de chinois et le cavalier, amoureux, parcourent les terres sauvages et arides de l’Asie centrale puis s’établissent finalement en Seine-et-Marne en 1992. « On ne se quitte plus ! » sourit encore l’universitaire, après 25 ans de vie commune et quelques traversées du désert… de Gobi et de Taklamakan, évidemment.

Son cheval de bataille : le naturel

Installé en France « par amour », le passionné de cheval a eu de plus en plus le mal du pays. L’équidé lui manquait. Il décide, en 2009, de se remettre professionnellement et artisanalement en selle et se tourne le plus naturellement du monde vers l’univers équestre. Il part découvrir le travail des peaux dans le sud ouest de la France à Clairvive (Dordogne) et à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) puis en Bretagne. « J’ai découvert parmi les maîtres selliers des techniques différentes » se souvient l’artisan. Ainsi, dans son travail, il choisit des produits naturels : le lin pour les coutures des selles, des attelages ou des brides « afin de limiter les frottements qui incommodent le cheval et le cavalier » et le cuir qui provient du sud de la France dont le tannage est entièrement végétal, c’est à dire sans chrome. La protection de l’environnement est son cheval de bataille.

Un travail reconnu

Tahir et Fabienne mettent le pied à l’étrier et créent leur petite entreprise en 2014. Depuis, celle-ci semble ne pas connaître la crise. « Nous nous sommes diversifiés en façonnant des ceintures, sacs, porte-feuilles, bracelets et même des selles de motos. Les objets en cuir peuvent être ornés de motifs réalisés au matoir. Nous faisons également de la restauration ou de la réparation » précise l’épouse, en parfaite businesswoman. Le travail du sellier-harnacheur attire les cavaliers et les centres équestres des alentours et a même séduit la gendarmerie de Melun qui lui a commandé , en 2014, dix reproductions de tapis de selle pour son exposition sur l’histoire de la maréchaussée.

L’artisan s’épanouit dans la tâche et malgré les demandes qui progressent de manière galopante, le cavalier parvient à se trouver du temps pour vivre de manière échevelée ses passions : les chevauchées en pleine nature et le tir à l’arc à cheval, une autre pratique ancestrale des Tartares.

Tartares ou Tatars

Le nom de Tartare serait une déformation savante de Tatars appliquée par les lettrés du Moyen Age par rapprochement avec le « Tartare » de la mythologie antique et après l’arrivée en occident le nom de Tatars, nomades de Mongolie et de l’actuel Kazakhstan. Ces derniers, particulièrement « féroces et vaillants », auraient été envoyés à l’avant-garde de conquêtes, leur donnant des similitudes avec les barbares. Le mélange des appellations aurait pour ainsi dire préparé le terrain pour la déformation.

Selon RS Khakimov sur Caravanarba.org, « pour l’ethnonyme Tatar, le cheminement est assez compliqué. A l’origine, le nom était celui de tribus qui vivaient au nord de la Grande Muraille de Chine. Puis les Chinois ont commencé à appeler Tatares tous les gens qui vivaient au nord de la Chine et ce territoire lui-même a été appelé  lDashti-Tatar, la terre des Tatars. Les historiens chinois ont considéré que le terme tatar avait un sens collectif. Edward Parker (sinologue britannique du début du XXe siècle), en se basant sur des chroniques chinoises, nomme Tatars aussi bien les Huns, les Avars (tribu nomade de Mongolie), les Turcs, que les Syanbiy (tribu de l’Altaï) ».

PN Savitsky (géopoliticien soviétique du XXe siècle) écrit dans une lettre :
« Les nomades
ont donné au monde le pantalon et la selle. Il ne fait aucun doute que ces inventions ont été faites dans le monde nomade On peut dire au final que les nomades ont vêtu d’un pantalon tout le monde habité et l’ont assis sur une selle ».

L’ancien peuple tatar a disparu comme tel, les descendants se mélangeant aux populations des territoires qu’ils ont conquis. Leur nom a été transmis à ces populations qui regroupent aujourd’hui les origines diverses : ainsi, les Tatars de Kazan ou de la Volga descendent des Bulgares de la Volga et de tribus finno-ougriennes ; les Tatars de Crimée proviennent du mélange des nombreux peuples ayant habité la Crimée avant eux (dont des Goths, des Khazars, des Coumans, des Karaïm…).

 

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